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IDEX JOP 2024

La participation des citoyens dans les candidatures européennes aux Jeux olympiques et paralympique de 2024

Resp. : Pr. Michel Koebel
Post-doc (18 mois) : Hugo Bourbillères


Fondement du projet et contexte international
Pour un pays et pour une métropole, être candidat à l’accueil des Jeux Olympiques et Paralympiques (J.O.P.)
est un enjeu de taille (Hiller, 2000 ; Carey et al., 2011 ; Devine, 2013). Pendant longtemps, cela constituait
une décision et un engagement diplomatiques, et restait confiné dans le secret de milieux politiques et
économiques (Tomlinson, 2017). Mais l’actualité récente a fait entrer en jeu de nouveaux acteurs dans le
processus (Girginov, 2012 ; Parent, 2016), et notamment la figure du citoyen. En effet, des référendums
décisionnels organisés dans les villes candidates à l’accueil des Jeux ont conduit à l’abandon d’une
candidature (ce fut notamment le cas à deux reprises en Allemagne, dans quatre villes différentes). Certes
des opposants à l’organisation des Jeux dans un pays ont existé depuis bien plus longtemps, mais il s’agissait
là d’une volonté délibérée de donner la parole au peuple et, en quelque sorte, lui donner le dernier mot.
D’autres candidats se refusent à cet exercice de démocratie directe, mais, comme en France, inventent des
formes de démocratie participative. Tous les candidats déploient en revanche des efforts considérables pour
conquérir l’adhésion de leurs concitoyens (par une forte médiatisation, et notamment l’intervention de grands
champions sportifs, par diverses promesses et garanties de retombées économiques), et tout récemment, le
Conseil départemental de Seine-Saint-Denis et la Ville de Paris ont la volonté d’impliquer les habitants dans
l’accueil de l’événement.

Ce sont ces changements récents dans les rapports entretenus entre les candidats aux J.O.P. et les citoyens
qui sont l’objet de la présente recherche. L’Europe, après avoir constitué le berceau des Jeux, représente un
terreau d’innovation en matière de candidature, notamment dans la mise en place de dispositifs de
démocratie directe ou participative, où la volonté de faire du citoyen un acteur du processus. C’est la place
des citoyens que cette recherche va questionner (qu’ils se mobilisent pour ou contre l’organisation des J.O.P.
dans leur ville, leur pays ; qu’il s’agisse de sportifs, de militants politiques ou d’intellectuels). Seront aussi
traités les effets réels d’une candidature sur les divers publics avec qui ont été engagées des négociations
et des concertations : de nouvelles perspectives ont-elles été envisagées et de nouveaux projets et partenariats
ont-ils vu le jour, qu’en définitive la candidature ait été retenue ou non ?

L’étude concernera les quatre candidatures de pays européens aux J.O.P. de 2024 : Paris (France), qui fut
déclaré vainqueur, sans référendum, mais aussi finalement sans plus aucun rival ; Rome (Italie), qui a retiré
sa candidature suite au changement de maire et de politique municipale ; Hambourg (Allemagne), qui a
organisé un référendum et a vu le « non » l’emporter de peu ; et Budapest (Hongrie) qui a retiré sa
candidature sur des arguments économiques, mais suite à une pétition d’origine étudiante (mouvement
Momentum) contre cette candidature.

Un premier axe étudiera le processus de conquête des publics envisagé par les porteurs de la candidature,
notamment à travers le recours (ou non) aux outils de démocratie participative et/ou directe (top down), ainsi
que les effets des initiatives citoyennes sur le devenir de la candidature (bottom up) (Blondiaux, 2005). Un
second axe analysera l’effet d’entraînement d’une candidature olympique en termes de dynamiques locales
(nouveaux partenariats et projets). La place des femmes dans ces processus fera l’objet d’une attention
particulière, dans un monde sportif depuis longtemps dominé par les hommes.

Axe 1 - Conquête des publics et prise en compte des initiatives citoyennes
Une candidature peut susciter l’engouement de la population comme elle peut faire émerger des critiques.
Dans tous les cas, les porteurs du projet d’accueil des J.O.P. doivent montrer d’une manière ou d’une autre
que leur pays, leur ville, sont particulièrement enthousiastes et favorables à cet accueil. Il s’agira ici d’étudier
les stratégies mises en place destinées d’une part à conquérir l’adhésion publique et à rendre plus visibles,
sur le plan médiatique, cet engouement et cet enthousiasme, et d’autre part à minimiser les critiques
négatives. Il s’agira aussi d’étudier les nouvelles formes de participation des citoyens (et en particulier des
femmes) qui se développent à l’occasion de ces candidatures et d’analyser leurs fonctions.

Seront analysées dans les quatre sites européens retenus :
• La construction médiatique d’un apolitisme sportif (référence récurrente aux valeurs coubertiniennes de
l’olympisme) comme stratégie de conquête des publics
• La pédagogie en direction des citoyens comme moyen de convaincre du bien-fondé de la candidature
(consolidé par tout un argumentaire sur les retombées économiques et les externalités sociales de
l’accueil des J.O.P.)
• L’organisation de grandes manifestations de soutien lors des moments clés, avec le soutien de grandes
figures du sport national, afin de créer un sentiment d’appartenance, une identité collective positive et
ouverte, en reléguant les opposants dans un archaïsme de repli identitaire.
• La mise en place de dispositifs de démocratie directe (référendums) et de démocratie participative
(consultations, concertation, réunions d’habitants concernés par les projets d’implantation
d’infrastructures), comme moyens de conquête et d’adhésion des publics, de relégation des minorités
d’opposants, ou parfois comme moyen de renoncer à la candidature.
• La contestation ascendante, à travers le militantisme associatif ou scientifico-politique, et le rôle des
réseaux sociaux dans la diffusion des argumentaires critiques contre les J.O.P. et plus généralement les
grands événements.

Axe 2 - La candidature aux J.O.P. comme support de dynamiques locales
La candidature parisienne victorieuse comporte en son sein la volonté de construire à long terme, à travers
l’accueil successif de grands événements sportifs à renommée internationale, une image de capitale mondiale
ouverte et dynamique, support d’un projet de société. Cette présentation enchantée d’une candidature
masque une réalité contrastée (explorée dans l’axe 1) mais a des effets d’entraînement en termes de
développement local (exemple : quartier Pleyel à Saint-Denis) qui paradoxalement sont peu valorisés dans le
dossier de candidature. Pourtant il semble que les J.O.P. deviennent un projet sociétal, catalyseur de l’action
publique. Quels sont les jeux d’acteurs, les nouveaux partenariats et les nouveaux projets ? La candidature
est-elle un premier temps de mise en valeur de ces effets immatériels ? Ces effets peuvent-ils être évalués et
vérifiés dans les villes candidates mais qui ont renoncé ? Que reste-t-il de leur candidature au niveau local ?
Les citoyens sont également impliqués en tant qu’acteurs collectifs à travers des organisations intermédiaires
(collectifs d’habitants, associations de quartiers, centres sociaux, clubs sportifs et autres instances du
mouvement sportif). Il sera question d’appréhender ce que génère une candidature du côté de ces acteurs
intermédiaires, qui représentent chacun à leur manière les citoyens.
Il s’agira d’abord d’identifier ces acteurs intermédiaires et les nouvelles relations qu’ils ont nouées entre
eux et avec les porteurs de la candidature dans chacun des pays, puis, dans un second temps, d’analyser
l’émergence de projets nouveaux - par le contenu ou par les modalités - comme conséquence de ces
relations. Par exemple, une démarche par appel à projet aura tendance à favoriser les structures les plus
professionnalisées et médiatisées (Charrier et al., 2016). Toute la question sera de savoir si une candidature
non couronnée de succès peut avoir malgré tout un effet d’entraînement sur des dynamiques locales.

Méthodologie
Analyse comparée de cas contrastés : un retrait politique (Rome) / un référendum (Hambourg) / une
candidature victorieuse et un référendum même pas envisagé (Paris) / une pétition étudiante à Budapest
(comme prétexte d’un retrait ?)
• Origine de la candidature et acteurs concernés dans chacun des quatre pays et villes étudiés : culture
nationale, contexte local, contexte politique (jeu de couleurs politiques, temporalités, acteurs)
• Caractéristiques des candidatures en termes de gouvernance, de partenariats engagés et de projets
d’infrastructures (concordance moyens / ressources)
• Stratégie de prise en compte des citoyens (dispositifs

Matériaux
• Terrain déjà étudié à travers une recherche collective sur l’Euro 2016 par l’équipe de recherche « Sport,
politiques, organisations et transformations sociales » (SPOTS Orsay) (connaissance du terrain, accès à
des réseaux, à des acteurs de premier plan de la candidature de Paris aux J.O.P. 2024, etc.).
• Thèse de doctorat soutenue en septembre 2017 par le post doctorant pressenti, sur le potentiel structurant
des événements sportifs à travers le cas parisien.
• Étude des dossiers de candidature Rome / Paris / Hambourg / Budapest, avec étude de versions
successives de ces dossiers (à travers le réseau des partenaires universitaires et professionnels dans
chacun des pays étudiés).
• Analyse des manifestations de soutien à la candidature (qu’elles soient organisées ou non par les porteurs)
à travers les articles de presse/internet ; mobilisation de figures sportives populaires dans ce soutien.
• Entretiens semi directifs avec les principaux acteurs ayant porté les candidatures étudiées (compréhension
des maillages partenariaux et analyse des projets lancés grâce à la candidature).
• Etude des enquêtes d’opinion publique, des référendums, des dispositifs de démocratie participative.
• Analyse des oppositions publiques/politiques selon les pays et du rôle des acteurs impliqués : pétitions,
réseaux sociaux, articles dans la presse et sur internet, etc.

Équipes et partenariats
Le projet, dirigé par le Pr. Michel Koebel, se fera en étroite collaboration avec le Pr. William Gasparini (Chaire Jean Monnet) avec le Dr. Simone Digennaro (PhD) pour le terrain italien, et avec Dominique Charrier (MCF HDR), Jean Jourdan (chercheur associé) et Mathieu Djaballah (MCF) de l’équipe de recherche SPOTS (Université Paris Sud/Paris Saclay) pour le terrain français. D'autres partenaires allemands et hongrois rejoindront le projet à son démarrage en septembre 2018.